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La Fondation de Lille

La Fondation de Lille se présente comme un outil au service au service de la solidarité dans la région Nord-Pas-de-Calais. Créée par Pierre MAUROY, Ancien Premier Ministre et Ancien Maire de Lille, la Fondation a été reconnue d’utilité publique le 08 août 1997 par décret du Premier Ministre après avis du Conseil d’Etat.

POUR­QUOI ?

Les bi­blio­thèques ter­ri­to­riales dé­pensent en­vi­ron 65 mil­lions d'eu­ros par an pour l'achat de livres. Mais les mar­chés pu­blics sont par­fois at­tri­bués à des li­brai­ries éloi­gnées.

POUR QUI ?

Il s'agit de fa­vo­ri­ser les cir­cuits courts de vente pour dy­na­mi­ser un tissu local de li­brai­ries, dont les liens avec les bi­blio­thèques sont sou­vent le fait d'une proxi­mité géo­gra­phique.

COM­MENT ?

Ac­cueil d'au­teurs, or­ga­ni­sa­tion de prix, de ma­ni­fes­ta­tions lit­té­raires… les ac­tions com­munes aug­mentent. A condi­tion d'avoir un vi­vier d'agents mo­ti­vés.

De­puis 2016, lorsque le mar­ché ne dé­passe pas les 90 000 euros, les bi­blio­thèques dans des ter­ri­toires de plus de 70 000 ha­bi­tants peuvent se pro­cu­rer di­rec­te­ment des livres au­près des li­braires sans pas­ser par une mise en concur­rence et la pu­bli­ca­tion d'un appel d'offres. Avec le re­lè­ve­ment de ce seuil (fixé avant à 25 000 euros), le gou­ver­ne­ment a voulu fa­vo­ri­ser les cir­cuits courts de vente pour dy­na­mi­ser un tissu local de li­brai­ries. Selon le Syn­di­cat de la li­brai­rie fran­çaise, les achats de livres non sco­laires par les col­lec­ti­vi­tés re­pré­sentent en effet 13 % du chiffre d'af­faires des li­brai­ries gé­né­ra­listes, et jus­qu'à 30 % dans les li­brai­ries spé­cia­li­sées. Les bi­blio­thèques ter­ri­to­riales dé­pensent en­vi­ron 65 mil­lions d'eu­ros par an pour l'achat de livres (*).

A Lille (231 500 hab.), « avec un bud­get glo­bal d'ac­qui­si­tion qui dé­passe les 150 000 euros pour les livres, nous avons es­sayé de créer des lots spé­cia­li­sés de taille moins im­por­tante pour en fa­ci­li­ter l'ac­cès à des plus pe­tites li­brai­ries. Ainsi, 84 % du mar­ché des ac­qui­si­tions se fait en di­rec­tion des li­brai­ries lil­loises », as­sure Ca­the­rine Mo­rell Sam­pol, conseillère mu­ni­ci­pale dé­lé­guée à la lec­ture, aux bi­blio­thèques et aux mé­dia­thèques. Pour­tant, si des li­brai­ries, no­tam­ment spé­cia­li­sées, dé­pendent des achats des col­lec­ti­vi­tés pour une part de leur tré­so­re­rie, la pro­cé­dure est com­plexe et chro­no­phage, ce qui laisse peu d'op­por­tu­ni­tés aux com­merces ayant peu de moyens hu­mains et fi­nan­ciers.

UN DIA­LOGUE DI­RECT ET PRI­VI­LÉ­GIÉ

Les li­braires doivent donc mener une veille at­ten­tive sur les dif­fé­rents sup­ports de pu­bli­cité des ap­pels d'offres, pré­pa­rer les dos­siers et ré­di­ger des mé­moires tech­niques dé­taillant la va­riété de leur fonds, le suivi des éven­tuelles com­mandes et li­vrai­sons, mais aussi leur ca­pa­cité de conseil. A la com­mu­nauté d'ag­glo du Grand Dole (47 com­munes, 53 800 hab. , Jura), le mar­ché pu­blic, re­nou­ve­lable tous les trois ans, a été rem­porté par deux li­brai­ries à Dole et à Be­san­çon pour les six mé­dia­thèques. « Chaque ache­teur de sec­tion est libre de ses achats et est en re­la­tion di­recte avec ses li­braires, mais nous vi­sons une cer­taine har­mo­ni­sa­tion entre nous pour ne pas mul­ti­plier les contacts et les en­vois de nou­veau­tés [dits « of­fices », ndlr], par exemple », in­siste Roger Ba­dois, ad­joint au di­rec­teur des mé­dia­thèques.

A la Li­brai­rie de Paris, si­tuée à Saint-Etienne (172 000 hab.), qui tra­vaille no­tam­ment avec la mé­dia­thèque mu­ni­ci­pale et la bi­blio­thèque dé­par­te­men­tale voi­sine de la Haute-Loire, les deux re­pre­neurs et an­ciens sa­la­riés ont voulu for­ma­li­ser da­van­tage leurs échanges avec les col­lec­ti­vi­tés. « Nous avons ins­ti­tué l'or­ga­ni­sa­tion de ren­dez-vous et sommes plus ri­gou­reux sur la prise de com­mandes, tout en at­tri­buant aux bi­blio­thé­caires des in­ter­lo­cu­teurs pri­vi­lé­giés en fonc­tion des rayons », in­dique Alexan­dra Char­roin-Span­gen­berg, qui re­grette une mé­con­nais­sance des mé­tiers des uns et des autres, par­ti­cu­liè­re­ment en pé­riode de grande af­fluence où son équipe est déjà sous la pres­sion des autres clients. « Pour­quoi ne pas mettre en place un échange d'agents ? » pro­pose-t-elle. C'est à cet effet que le mi­nis­tère de la Culture a re­nou­velé en début d'an­née l'édi­tion de son va­de­me­cum adressé aux ac­teurs de la chaîne de la com­mande pu­blique de livres, des bi­blio­thèques ter­ri­to­riales aux li­braires, en pas­sant par les ache­teurs pu­blics.

LES SER­VICES AD­DI­TION­NELS SE GÉ­NÉ­RA­LISENT

Les si­tua­tions va­rient en fonc­tion des col­lec­ti­vi­tés : si les bi­blio­thé­caires dé­fi­nissent leurs at­tentes et cri­tères, les ache­teurs pu­blics peuvent avoir une in­fluence plus ou moins im­por­tante sur le choix final, qui s'ap­pré­cie aussi au re­gard des ex­pé­riences pas­sées avec les four­nis­seurs ou leur an­crage sur le ter­ri­toire. « Les li­braires ont aussi ten­dance à res­treindre leurs re­la­tions avec les col­lec­ti­vi­tés à une re­la­tion mar­chande. Quand il y a des cri­tiques sur les offres d'ani­ma­tion qui doivent être ajou­tées à la pro­po­si­tion com­mer­ciale, il ne faut pas le voir comme un moyen de dé­cro­cher un mar­ché mais de créer des liens plus im­por­tants. La frus­tra­tion est sou­vent par­ta­gée », sou­ligne Oli­vier Pen­na­neac'h, chargé de mis­sion « éco­no­mie du livre » à l'agence ré­gio­nale du livre Paca.

Avec un prix unique du livre et un pla­fon­ne­ment des re­mises à 9 % pour ne pas don­ner l'avan­tage aux struc­tures les plus im­por­tantes, il est par­fois com­pli­qué de dif­fé­ren­cier les ré­ponses à un appel d'offres. Les com­mer­çants tentent de se dis­tin­guer au tra­vers de la qua­lité de leurs ser­vices de suivi des ventes, de conseils sur l'offre édi­to­riale ou en­core de ra­pi­dité de li­vrai­son. Une plus-va­lue qui pousse sou­vent à la sur­en­chère. Parmi les pres­ta­tions ad­di­tion­nelles, qui ont ten­dance à se gé­né­ra­li­ser, fi­gurent l'en­voi de livres ré­cents pour aider au choix avant même une com­mande ferme, la four­ni­ture de no­tices bi­blio­gra­phiques, la cou­ver­ture de livres mais aussi des ani­ma­tions ou de la for­ma­tion.

Avec des bi­blio­thé­caires ame­nés à être po­ly­va­lents et plus at­ten­tifs à la mé­dia­tion avec les usa­gers, « les li­braires doivent avoir en­core plus un rôle de pres­crip­teur pour at­ti­rer notre at­ten­tion sur des ou­vrages qui se se­raient re­trou­vés noyés dans la pro­duc­tion édi­to­riale, no­tam­ment pour les rayons jeu­nesse et BD, par exemple », pointe Chan­tal Fer­reux, se­cré­taire gé­né­rale de l'As­so­cia­tion des bi­blio­thé­caires de France.

Une dé­cou­verte qui contri­bue à une meilleure connais­sance des fonds mu­tuels et à l'in­tro­duc­tion en bi­blio­thèques d'édi­teurs peu connus. A Lille, « lors de l'ap­pel d'offres, nous pro­po­sons aux li­braires de faire un échan­tillon de livres sur un thème pour éva­luer leur ca­pa­cité à être force de pro­po­si­tion », ex­plique Ca­the­rine Mo­rell Sam­pol.

« Les li­braires doivent ac­croître leur rôle de pres­crip­teur pour at­ti­rer notre at­ten­tion sur des ou­vrages noyés dans la pro­duc­tion édi­to­riale. » Chan­tal Fer­reux, se­cré­taire gé­né­rale de l'ABF DES STRUC­TURES RÉ­GIO­NALES DE REN­CONTRE

Une fois le mar­ché pu­blic dé­cro­ché, ces deux ac­teurs de la po­li­tique cultu­relle lo­cale vont sou­vent plus loin, comme la par­ti­ci­pa­tion à des cycles et fes­ti­vals mi­jo­tés par les bi­blio­thèques qui leur de­mandent de tenir un stand de vente de livres. Dans sa li­brai­rie à Mon­tau­ban (57 900 hab, Tarn-et-Ga­ronne), Pa­tri­cia Mat­sa­kis, éga­le­ment pré­si­dente de l'as­so­cia­tion des li­brai­ries spé­cia­li­sées jeu­nesse Sor­cières, qui or­ga­nise un prix lit­té­raire avec l'ABF, es­time qu'elle va sou­vent au-delà de son rôle en com­plé­tant les bons de com­mande et en as­su­rant un lourd tra­vail de suivi en plus de l'en­voi d'une news­let­ter.

Dans les Hauts-de-France, le ré­seau de li­brai­ries in­dé­pen­dantes or­ga­nise, avec des édi­teurs lo­caux, des ac­cueils d'au­teurs à la mé­dia­thèque, no­tam­ment à l'oc­ca­sion du fes­ti­val Haut les livres ! ou du prix in­ter­na­tio­nal du livre Des Ra­cines et des mots, qui ré­com­pense le meilleur ou­vrage de lit­té­ra­ture de l'exil. Quant à la mé­dia­thèque dé­par­te­men­tale de la Drôme, elle a mis en place des jour­nées de for­ma­tion où les li­braires par­tagent leurs coups de cœur avec des agents. Mais il faut aussi sa­voir s'ar­ran­ger côté ca­len­drier. « Les pro­grammes des bi­blio­thèques sont bou­clés an­nuel­le­ment et nous avons ra­re­ment une telle vi­si­bi­lité sur nos ac­tions cultu­relles », sou­ligne Nol­wenn Van­des­tien, dé­lé­guée de l'as­so­cia­tion ré­gio­nale Li­br'Aire. Pour­tant, les ren­contres et les oc­ca­sions d'échan­ger ne manquent pas, no­tam­ment au tra­vers des struc­tures ré­gio­nales du livre. « C'est né­ces­saire, par­fois ré­pé­ti­tif, de créer les condi­tions du dia­logue », in­siste Léo­nor de Nus­sac, pré­si­dente de l'agence ré­gio­nale du livre Paca. En­core faut-il que les deux par­ties puissent en avoir le temps. 

AVANTAGE

Les par­te­na­riats ren­forcent la mé­dia­tion et dé­ve­loppent l'as­pect convi­vial des struc­tures.

INCONVÉNIENTS

- Les plan­nings des bi­blio­thèques sont bou­clés an­nuel­le­ment, pas ceux des li­brai­ries. 

- Le mé­tier des uns n'est pas tou­jours bien connu des autres.

L'EXPERT - « Des enjeux communs de développement à faire reconnaître aux collectivités »

« Les bi­blio­thèques et les li­brai­ries doivent réa­li­ser qu'elles ont des en­jeux com­muns de dé­ve­lop­pe­ment de pu­blics de lec­teurs sur leur ter­ri­toire. Mais il faut par­fois le faire re­con­naître par les col­lec­ti­vi­tés qui vont faire un pont d'or à des grandes sur­faces s'ins­tal­lant en pé­ri­phé­rie. Les bi­blio­thèques peuvent jouer ce rôle de re­lais quand les li­brai­ries ne dis­cutent pas di­rec­te­ment avec leurs élus. Au­jour­d'hui, une li­brai­rie n'existe pas si elle n'est pas bai­gnée dans une com­mu­nauté cultu­relle et as­so­cia­tive et si elle ne mène pas des ac­tions avec des bi­blio­thèques, des théâtres, des ci­né­mas, des jeunes, etc. »

TÉMOIGNAGE - « Nos partenariats seraient difficiles à mettre en place avec un grossiste »

« Quand nous di­vi­sons les lots de livres pour notre mar­ché pu­blic, nous cher­chons sur­tout une ri­chesse de fonds par rap­port à la spé­cia­li­sa­tion en­vi­sa­gée, comme le nombre d'ou­vrages et d'édi­teurs re­pré­sen­tés. Et nous en­voyons aux li­braires nos pré­vi­sions d'ani­ma­tion sur les trois ans pour qu'ils puissent se po­si­tion­ner et ima­gi­ner des par­te­na­riats. En com­mis­sion, il est ainsi plus fa­cile de mon­trer com­ment une offre est adap­tée à nos be­soins. Par ailleurs, nous avons dé­cidé de par­ta­ger nos coups de cœur en les si­gna­lant sur la cou­ver­ture des livres en bi­blio­thèque et en li­brai­rie. Et les li­braires viennent les pré­sen­ter phy­si­que­ment au cours d'une confé­rence. Ces conseils ren­forcent la mé­dia­tion et dé­ve­loppent l'as­pect convi­vial de nos deux lieux. Un tel par­te­na­riat se­rait dif­fi­cile à mettre en place avec un gros­siste. »

Source : La gazette des communes
Auteur :  Ju­dith Che­trit
Date : 13/09/2018

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