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La Fondation de Lille

La Fondation de Lille se présente comme un outil au service au service de la solidarité dans la région Nord-Pas-de-Calais. Créée par Pierre MAUROY, Ancien Premier Ministre et Ancien Maire de Lille, la Fondation a été reconnue d’utilité publique le 08 août 1997 par décret du Premier Ministre après avis du Conseil d’Etat.

« Ce simple d’esprit, instable, à plusieurs reprises serviteurs de magistrats du parlement, s’est peut-être cru le bras armé de cette institution à ses yeux persécutée par le pouvoir royal » Entrée « Régicide » du Dictionnaire de l’Ancien Régime, sous la direction de Lucien Bely, Puf, Paris, 2010

 

« Sombre, taciturne, parfois violent, tel était cet effronté laquais, fugueur et inconstant. »Louis XV, Jean-Christian Petitfils, Perrin, Paris, 2014




 

Voici deux descriptions, que j’ai volontairement souhaitées récentes, qui vont, je le sais, faire bondir Claire Fournier qui vient de faire paraître aux Éditions du Canoë, Tombeau pour Damiens – La journée sera rude, avec 8 peintures de Milos Sobaïc, peintre et sculpteur serbe.
 

Claire Fourier, le dit, le crie, le hurle dans ce livre : « depuis des années j’éprouve pour Damiens un sentiment très doux », sentiment très doux qui flirte avec l’amour au point, de son aveu même, d’en occulter les gens qui l’entoure.

Mais au fait qui est Damiens ?

Damiens est celui qui en cette froide journée de janvier 1757 – le 5 précisément – commit ce que l’on appelle un crime de lèse-majesté en poignardant le roi… enfin plus exactement en l’égratignant, car pour être honnête il n’y avait pas de quoi « casser trois pattes à un canard ». Mais Louis XV, qui craignait énormément Dieu, comme la plupart des grands pêcheurs de l’époque, et qui, surtout, était de nature dépressive, en fût touché en plein cœur. Imaginez, il faillit même renvoyer la Pompadour… je m’égare.

Donc le 5 janvier 1757, Damiens, avec un petit canif, entaille légèrement la royale peau. Crime de lèse-majesté manifeste, hop on embarque, direction la Conciergerie.

Pourquoi, étant en possession d’une sorte de couteau suisse – deux lames une courte, une longue –, choisit-il de blesser le monarque plutôt que de l’occire ? Et bien parce qu’il ne voulait pas tuer son bon roi, pardi ! Ce que voulait Damiens s’était « que le roi soit à la hauteur de la Couronne, c’est au nom de la Couronne qu’il frappe le roi. » En gros, il s’agit là d’un avertissement.

Il faut dire que Damiens à effectivement travailler bien souvent pour le compte de magistrats, magistrats qui se plaignaient, comme de bien entendu, régulièrement du souverain sans faire bien attention aux oreilles dans lesquels tombaient leurs plaintes.

Damiens écoutait. Loin d’être un simple d’esprit selon Claire Fourier, il prit la mesure de son rôle. Si les magistrats n’avaient pas le courage d’agir, lui, Damiens, avec l’aide de Dieu, ferait comprendre à Louis XV le « Bien-Aimé », qu’il commençait à ne plus être si aimé que ça, qu’il fallait, par conséquent, qu’il se reprenne ! 
 

5 janvier 1757, griffure, arrestation. « Mon Dieu, que font de nous nos obsessions ? »
 

Considéré par tous comme un fanatique, un simple d’esprit, il semble alors évident qu’il n’a pu agir seul. Si lui dit être le bras armé de Dieu, pour ses juges, il est surtout le bras armé de quelques comploteurs. Il faut le faire avouer. On lui brûle les pieds, ça ne marche pas ! Il dit et redit, quelles que soient les techniques de torture employées, qu’il a agi seul. 
 

Que faire ? Louis XV n’est pas pour une mise à mort. Oui, mais… « Messieurs ont craint que Damiens, ancien domestique de nombre d’entre eux et qui les connaissait presque tous, ne les dénonçât, ils ont vu là une occasion de se mettre à couvert. » Et là où le roi pouvait embastiller qui il voulait sur simple lettre de cachet, là le pauvre petit souverain, n’a pas son mot à dire, condition difficile que celle de roi.
 

Damiens est condamné à mort. À l’énoncé du verdict et des atrocités par lesquelles il devra passer pour expier sa faute, il dira « la journée sera rude ».  
 

La journée sera rude, voici le leitmotiv de ce livre qui n’est ni un roman, ni une autobiographie, ni un livre d’histoire, il s’approcherait peut-être plus de l’essai, les prises de position et développements y sont nombreux. 

Nous suivons, pas à pas, Claire Fourier nous parler de son amour pour Damiens, nous expliquer ses (dé) raisonnements tout en admettant assez justement qu’elle peut bien « pousser des cris d’orfraie aujourd’hui, j’aurais peut-être il y a deux cent cinquante ans applaudi à l’écartèlement, on ne comprend rien à la condition humaine si on ne replace pas les mentalités dans leur époque. » 
 

Pauvre Damiens qui pour une simple égratignure sur son roi se retrouve torturé des heures durant et écartelé pendant plus de deux heures ; même les chevaux n’en pouvaient plus, il fallut en changer deux et un chirurgien conseilla « de couper les gros nerfs […] de donner un coup de tranchant dans les chairs afin que les os puissent se déboîter. »
 

Tu m’étonnes que la journée ait été rude !
 

Voici un livre où Victor Hugo n’est jamais loin. Un livre qui nous fait voir différemment la place de l’Hôtel de Ville, je dois avouer j’y ai pensé en la traversant il y a peu. Un livre où la ponctuation manque de plus en plus, nous laissant haletants et un peu plus mal à l’aise (si c’était encore possible) avec la nature humaine. 
 

Un livre qui m’a aussi, quelques fois, dérangé, surtout quand en parallèle je lis Le Lambeau de Philippe Lançon, alors non, personnellement, je ne suis pas d’accord avec « ah, si on savait ce qui motive les gens et même les plus grands assassins, on leur pardonnerait ! on les prendrait dans nos bras ! », il faut dire aussi que je ne suis pas une bonne catholique, ceci explique peut-être cela… 

 

Claire Fournier – Tombeau pour Damiens – Editions du Canoë – 9782490251001 – 21 €

Source : https://www.actualitte.com
Auteur: Claire Fournier
Date: 25/06/2018

 

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